Traces
Prétendant en poésie, je circule du Havre à Luneray, en train ou en voiture, dans des collèges de ville ou de campagne, en classe de troisième ou de sixième, accompagné de magnolias et d’arbustes à fleurs blanches posées sur les talus des routes.
Aux élèves : « Un poème est irréductible, il a le sens que vous lui donnez selon votre humeur, votre âge, vos pensées, vos envies, vos goûts. Un poème ne se comprend pas forcément, peu importe, il doit se ressentir avant tout. On peut être poète sans écrire. On peut écrire sans être poète. L’image naît par les mots ou la photographie, cela dépend de mon envie du jour. » Des questions appellent des réponses inattendues.Luneray
« - Combien de temps il vous faut pour créer un poème ?
- Toute une vie pour le laisser naître, 5 minutes pour l’écrire. »Le Havre
« - Pourquoi vos poèmes parfois ne font qu’une ligne ?
- Parce que la poésie cherche à condenser les émotions. On dit alors que c’est un aphorisme. Tiens, je vais vous en donner un qui vous servira à draguer de façon infaillible : ‘Ton absence de visage fut ma seule obscurité’.
- C’est de qui monsieur ?
- D’un poète nommé Jacques Dupin. »
(Et les garçons, concentrés, de mémoriser la phrase).Luneray
« - Lequel de vos poèmes préférez-vous ?
- Euh, le dernier, ou le prochain ? Un poète n’est jamais satisfait, il espère toujours atteindre le poème idéal, une prochaine fois.
- Vous connaissez tous vos poèmes par cœur ?
- Non, aucun, je ne me relis pas et préfère découvrir ceux des autres. »
Je repars sous le blanc d’un soleil vif. Hier soir, un ami nous parlait d’un proche qui, réchappé d’un cancer, redécouvrait la vie avec l’enthousiasme d’un enfant. Tout lui était merveilleux. Je pense à son exemple. Semons, ne cessons jamais de semer, que chacune de nos inspirations reste blanche de lin et fraîche de notre première plongée.Avec le concours des élèves de 3 1 et 3 3 du collège Théophile Gautier du Havre et des élèves de 6 2 du collège Maurice Maeterlinck de Luneray, Seine-Maritime.
2 avril 2009