Quelques traces, empreintes, laissées par Alexis Pelletier, lors de son passage au lycée Sembat.
A propos du Grand Réel.
Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce poème ?
Au départ, c'était un texte en prose, pour répondre à la question : qu'est-ce que le réel ?
Je l'ai repris plus tard pour en faire un poème accompagnant une série de gravures d'Anne Claire Schmit.
J'y ai travaillé tout l'été ( rumination, mais aussi écriture quotidienne)Qui est le « tu » ? A qui s'adresse ce poème ?
Plusieurs sens sont nés de l'écriture. « Tu » peut être le « je » qui s'adresse à soi-même, puis est devenu un autre personnage sans doute féminin, pourquoi pas le lecteur aussi. Trois personnages dans le texte : l'enfant, le « tu » sans doute féminin, le « je » sans doute masculin.
Au flouté des images correspond le flouté des mots, qui renvoie peut-être à notre propre incertitude face au réel. Êtes-vous sûrs de bien vous connaître ? De bien connaître vos proches ?Pourquoi les gravures sont-elles en noir et blanc ?
Il faudrait demander à Anne Claire Schmit !Comment ont été choisies les images du volume ?
Elles ont été choisies en commun.Quelle a été l'origine du premier texte en prose ? Qu'est-ce qui vous a inspiré ?
Il faudrait remettre en question le mot d' « inspiration ».
Je m'inspire de tout ( pourquoi pas cette tétine sur cette trousse ?). Les mots eux-mêmes sont source d'inspiration ( ainsi le mot « réel » ), des acrostiches peuvent d'ailleurs se glisser dans certains de mes textes. Parfois aussi certains éléments de ma vie sont utilisés, mais mon but n'est pas de me raconter.Exemple d'acrostiche impromptu :
Du matin jusqu'au soir
Auras-tu le temps de
Voir
Ici ou ailleurs
Des martinets dans le cielPourquoi ne mettez-vous pas de ponctuation ?
Je ne suis pas le premier, ni le seul. Les premiers sont Cendrars et Apollinaire.
Supprimer la ponctuation confère au texte une sorte de musicalité, en ouvrant la possibilité de plusieurs sens pouvant coexister dans les mêmes mots.Sous le Pont Mirabeau
Coule la Seine
=
Sous le Pont Mirabeau + Sous le Pont Mirabeau par exemple.
Coule la Seine. Coule la Seine !C'est ce qui se passe dans Le grand réel avec le pronom « tu ».
Supprimer la ponctuation permet de laisser apparaître des sens possibles, dont on n'est pas tout-à-fait sûr, sans qu'on s'en rende même compte.
D'ailleurs, est-on certain du sens des mots ? D'où vient-il ? Qui nous l'a donné ? Pourquoi une « chaise » et pas une « carotte » ? C'est loin d'être évident. Rimbaud a écrit dans une lettre : « C’est faux de dire : Je pense. On devrait dire: On me pense. » Les mots que j'utilise ne sont pas les miens vraiment, je parle avec les mot des autres.
J'ai évoqué Cendrars et Apollinaire, parce que pour écrire, il faut d'abord beaucoup lire les autres.Pourquoi décide-t-on à un moment d'aller à la ligne ?
C'est une affaire de rythme.A propos du recueil Quelques mesures dans l'époque.
Là, les gravures ont été choisies pour illustrer le texte.
Le mot mesure peut prendre deux sens : le sens musical, mais aussi le repère. Le propos du livre : qu'est-ce que je comprends de l'époque dans laquelle je vis ? Comment évoquer, dire cette époque ?
Nécessité de la variété : petits plaisirs ( pêche au homard), mais aussi réalités dramatiques. Tout peut rentrer dans le poème.A propos de Mlash.
Un personnage qui m'accompagne depuis lontemps, un personnage défouloir.
3 volumes : Mlash personnage d'ébauches ( débauche ?), Tout Mlash ( tout me lâche ?), Mlash ou encore. Un quatrième peut-être à venir.
Un style d'écriture complètement différent, des formes variées : théâtre, fausse correspondance, faux entretien, .....
( lecture d'un extrait )
Mais est-ce que c'est vous qui parlez ?
Ah ! La question du vrai ..... tenez, écoutez « Un hymne avorté », qu'en pensez-vous ?Avez-vous essuyé des refus de la part d'éditeurs ?
Oui, bien sûr. Au début, surtout.
Motifs de refus : soit ils n'aiment pas, soit ils doivent choisir parmi le très grand nombre de manuscrits qu'ils reçoivent.Comment ressentez-vous la critique ?
Si c'est une critique d'humeur, et non motivée, je n'y attache pas d'importance. Par contre, si elle vient de quelqu'un que j'estime, et qu'elle est expliquée, fondée, c'est douloureux dans un premier temps, mais par la suite très utile.Pourquoi publier ce que vous écrivez ?
Pourquoi un peintre expose-t-il ses tableaux ? Pourquoi un musicien fait-il entendre ses oeuvres ?
Je crois que c'est fondamentalement l'envie de partager.
Et puis aussi, arrive un moment, dans toute création artistique, où on ne peut pas faire mieux. Publier, c'est aussi l'occasion de passer à autre chose.